08 mai 2009

ANNIVERSAIRE

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Dominique de Villepin.

Dominique de Villepin : Bonjour.

Nicolas Sarkozy est Président de la République depuis deux ans. Est-il un bon Président de la République, Dominique de Villepin ?

(... silence...) Ah, vous aimez commencer sur des chapeaux de roue, monsieur Aphatie !

J'ai bien aimé votre silence !

Oui, parce que c'est un tout petit peu plus compliqué que ça ! Je pense que le bilan de Nicolas Sarkozy, après deux ans, est un bilan contrasté, comme tous les bilans, mais somme toute assez classique. Voilà sur le plan international. Des réactions qui ont été souvent positives d'un Président en initiative, on l'a vu sur le G20. On l'a vu en Géorgie. On l'a vu sur l'Union pour la Méditerranée et lors de la Présidence européenne. Donc, un Président capable de prendre des initiatives et capable d'être réactif. Je crois que c'est à mettre au crédit du Président de la République même si en contrepoint, des décisions importantes comme le retour dans le commandement intégré de l'OTAN ne se sont pas accompagnées, à mon sens, d'initiatives en matière d'Europe de la Défense qui auraient pu expliquer, à tout le moins, une telle politique.

De la même façon, je regrette qu'il n'y ait pas de mise à plat de notre politique sur certaines grandes crises comme, par exemple, en Afghanistan. Je crains non seulement l'enlisement, mais je crains tous les jours de nouveaux drames pour nos soldats.

Sur le front intérieur, les choses sont très différentes parce que le Président a choisi une méthode qui est celle de la réforme tous azimuts ; et force est de constater que cette réforme ne donne pas les résultats escomptés, tout simplement parce que les uns et les autres, nous sommes incapables de dire ou même de citer aujourd'hui quelques réformes qui auraient donné des résultats tangibles dans la crise et c'est vrai qu'il y a un avant et un après la crise. Nous sommes donc aujourd'hui toujours orphelins, toujours en attente de ces deux ou trois grandes réformes qui feront ou ne feront pas le quinquennat.

Vous me permettrez de citer deux ou trois points essentiels pour l'avenir de la Nation.

  • La réforme du financement de la protection sociale, ça c'est une grande réforme. On a eu quoi ? On a eu la réforme des heures supplémentaires alors même que le Président était pris à contrepied par l'actualité économique et qu'on peut s'interroger sur les résultats d'une telle réforme.

  • La réforme de la Recherche et de l'Innovation : c'est toute la modernisation de notre pays qui est en jeu. De la même façon, l'évolution de notre dépense publique, l'évolution de nos déficits publics, voilà encore une préoccupation.

 

Mais la clef ? La clef, aujourd'hui, c'est quoi du bilan du gouvernement ? C'est l'emploi. Est-ce que les mesures qui ont été prises sont susceptibles de soulager, d'améliorer les choses ? J'ai exprimé mon inquiétude sur les risques qui existent en France. J'estime qu'il y a deux risques majeurs, aujourd'hui. Le premier, c'est le sentiment d'injustice et d'inégalité de traitement. Est-ce que véritablement, les choses vont changer dans ce pays ? Est-ce que les banques qui bénéficient d'une aide massive de la part de l'Etat ont changé leur comportement et est-ce que nous en bénéficions comme consommateurs et comme citoyens ?

Et la deuxième chose ?

Deuxième question : les jeunes. Nous sommes prêts d'avoir 500.000 jeunes au chômage dans notre pays. Ils mettent cinq ans à rentrer sur le marché du travail. J'étais Premier ministre, j'ai trouvé cela inacceptable. C'est pour ça que j'ai fait le CPE. J'en ai tiré les erreurs et reconnu la précipitation dans lequel cela avait été fait. Je ne crois pas que le gouvernement puisse faire l'économie d'un nouveau contrat de travail permettant de réduire ce chômage des jeunes qui est aujourd'hui de plus de 20%.

Vous avez pu exposer, longuement, ce qui vous paraît correspondre au jugement nuancé que vous vouliez dresser de l'action du Président de la République depuis deux ans.

Qui est très proche du jugement que vous portez vous-même sur votre blog, Jean-Michel Aphatie. Je suis heureux de voir après deux ans que vous rejoignez un certain nombre, non pas des critiques...

(rires...) Je vous félicite à propos de la lecture, mais !

... Mais des constats. Non, mais c'est important. Les bons auteurs doivent être vantés.

 

C'est très gentil ! C'est tout de même vous l'invité.Donc, un Président de la République réactif sur le théâtre extérieur, mais ne comprenant pas la société française : c'est ce que vous voulez dire pour synthétiser votre pensée, Dominique de Villepin ?

Un Président de la République pris à contre-pied. Nicolas Sarkozy est arrivé avec le sentiment que la croissance repartait - et c'est vrai qu'en 2007, quand j'ai transmis le bâton à mon successeur, les choses allaient mieux sur le fond  de la  croissance : 500.000 chômeurs en moins. Un endettement qui était en voie de baisser puisque nous étions à moins de 40 milliards. Nous sommes aujourd'hui à 100 milliards de déficit public. Les choses allaient mieux. Et à partir de là, on a cru que tout était possible. On a cru qu'on pouvait se lancer dans toutes sortes de réformes. Et dans le fond, eh bien changer de modèle économique et social, se rapprocher du modèle anglo-saxon et puis, patatras, la crise est venue ! Et ce modèle anglo-saxon n'a plus été la référence.

Et aujourd'hui, la grande question qui se pose pour nous, c'est quel est le modèle économique et social que nous voulons mettre en œuvre ? La grande inquiétude des Français, c'est qu'ils ne voient pas à quoi ressemblera la France dans cinq ans et dans dix ans. Et il appartient au Président de la République (je comprends très bien qu'il ne souhaite pas fêter cet anniversaire parce que la vérité, il n'y a pas grand chose à fêter, il faut vérifier l'inquiétude des Français mais surtout y répondre, eh bien c'est : comment faire en sorte que notre pays sorte plus fort.

Les Allemands sont, aujourd'hui, plus touchés que nous : - 6% de Croissance en 2009 ;  mais leur réactivité, leur capacité de réponse est plus forte ; et je ne voudrais pas que la France sorte en Europe parmi les derniers. Je ne voudrais pas que nous sortions en situation plus difficile par rapport à nos compétiteurs.

    
Vous estimiez, Dominique de Villepin, le 19 avril, qu'il existe "un risque révolutionnaire en France". Réponse de François Fillon, hier soir, au siège de l'UMP : "Les syndicats sont, parfois, plus responsables que certains de ces hommes politiques qui parlent de notre pays comme s'il était en situation pré-révolutionnaire". Voilà, c'est vous. Vous n'êtes pas responsable, Dominique de Villepin ?

Oui, bien sûr. C'est étrangement convenu. Et c'est surtout une ignorance de l'Histoire de France qui est tout à fait remarquable. Nous sommes un pays qui est marqué par des fragilités, par une difficulté à réaliser des consensus. Ce pays, il demande très en amont d'être entendu si l'on veut éviter que se répète un certain nombre...

On a l'impression que vous souhaitez la révolution, Dominique de Villepin !

Mais vous savez, c'est ce qu'on répond à quelqu'un quand on est embarrassé par ce qu'il énonce. Je pense, au contraire, qu'il faut conjurer ce risque ; c'est pour cela qu'il faut le traiter. Quand un médecin vous dit, monsieur Aphatie : "Ecoutez, votre taux de cholestérol ou la situation de votre foie n'est pas saine", il met le doigt là où ça fait mal. Ca ne veut pas dire qu'il vous souhaite le pire ! Ca veut tout simplement dire qu'il faut avancer dans la vie les yeux ouverts et quand on dirige un pays, on ne peut pas écarter les risques. On ne peut pas ne pas porter sur soi l'inquiétude qui est le propre d'un pays.

Aujourd'hui, ce qui est fascinant c'est qu'il y a un décalage extrêmement fort entre l'inquiétude qui s'exprime partout dans notre pays et cette sérénité qui relève davantage de la bulle ou de la méthode Coué qui s'exprime en haut lieu. Je ne demande pas que nos dirigeants soient dans un affolement qui ne sied pas l'exercice du pouvoir, je demande simplement qu'ils sortent un peu plus, qu'ils se mêlent un peu plus aux Français pour découvrir à quel point on s'interroge sur l'avenir de notre pays et sur les réponses qu'il faut apporter à la crise.

D'un mot, Dominique de Villepin, vous êtes un opposant aujourd'hui ?

Ah je suis un opposant résolu à la fatalité, un opposant résolu à tout ce qui est le jeu politicien et tout à fait déterminé à dire les choses avec la conviction qui est la mienne.

Et vous l'avez fait, ce matin, c'était sur RTL. Dominique de Villepin en était l'invité. Bonne journée.

 Auteur : Jean-Michel Aphatie

Source : RTL
podcast

http://www.dailymotion.com/video/x97lj8_dominique-de-vill...


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